Il y a des témoins...

Publié le par Fanny et Mathilde.

    Je suis les falaises de marbre de Carrara Massa. Ce matin, j'ai vu deux filles descendre des Appenins, sacs aux dos.  Elles avaient des étoiles dans les yeux d'avoir côtoyé les cimes et semblaient  tristes de retrouver la plaine et ses zones industrielles. Elles se sont arrêtées un moment pour parler au téléphone, comme elles étaient devant le Duomo de Massa, tout en marbre issu de mes entrailles, j'ai pu tout entendre. Elles parlaient à la radio, elles disaient être parties depuis plus d'un mois pour un périple à pied à travers l'Europe et à la recherche de sa culture. Je pourrais leur en dire moi dont le marbre a servi à construire tant de merveilles architecturales aux quatre coins de l'Europe.
Un peu rassérénées d'avoir entendu des voix amies, elles ont décidés d'aller au plus intéressant dans les plaines : les villes. Je les ai vues partir rieuses vers d'autres cieux.


     Je suis Lincetto, diablotin de Lucca,  una bellisama citta de Toscana. Je jouais des tours aux habitants de la ville, on les raconte encore aujourd'hui, où avec le monde moderne, j'ai réduit mes frasques, je suis presque devenu sage, moi qui semais la terreur avant. En fait, on ne m'a pas vraiment laissé le choix. Il y a bien longtemps, une des familles les plus influentes de la ville m'a proposé un marché : planter des arbres le plus haut possible, si eux gagnaient, je serais chassé et ne pourrais plus embêter personne. Si je gagnais, gare à la ville où j'aurais eu carte blanche! J'ai planté sur les murailles de la ville des arbres si hauts que j'étais sûr de gagner, mais malheureusement cette famille, comme beaucoup d'autres de cette époque là, possédaient une tour et ils plantèrent à son sommet des chênes verts, arbres bien petits mais qui surplombaient largement les miens...je partis un moment de la ville, puis revint mais je ne peux plus embêter personne...
Alors j'observe et comme ma ville est belle, elle attire beaucoup de touristes. Mais ceux-ci se pressent dans les lieux répertories des guides touristiques qui n'expliquent pas les mille détails qui rendent une ville intéressante. Aussi ai j'été surpris de voir l'autre matin deux filles françaises se balader avec un italien qui leur expliqua toute la ville, il leur parla de moi, de toutes les légendes et cela avait l'air de bien les intéresser. Bon, elles avaient bien des idées bizarres ces due ragazze,  elles parlaient d'organiser une corrida dans l'amphithéâtre romain, maintenant une jolie place avec des terrasses de café et dont les gradins ont été remplacé par des maisons, mais cela n'a pas arrête leur imagination!


     Je suis la louve de Sienne, je ressemble à ma cousine de Rome, mais moi, je regarde devant moi, vers le futur. Ma ville a des traditions très fortes, non pas du folklore, c'est à dire des choses que l'on fait parce que c'était comme ca avant et qu'il faut continuer, mais des choses que nous vivons avec passion, issues de la plus longue mémoire et qui régissent réellement notre mode de vie.
Ma ville est divisée en contrada, en quartiers, chacune avec un symbole (la louve, la chouette, l'aigle...). On naît, on vit, on combat, on meurt dans sa contrada. Le moment fort de l'année est le palio, il y en fait deux, ce sont des courses de chevaux. Le palio a des règles précises et de lui découle les amitiés ou les tensions entre les contrada, par rapport à la position sur la ligne de départ par exemple... etc.
Nous sommes fiers de notre ville et lorsque des gens viennent nous rendre visite, l'hospitalité est sacrée et nous faisons tout pour qu'ils apprécient complètement notre ville!
Encore il y a quelques jours, deux jeunes filles françaises ont été reçues par un groupe de Siennois, ils leur ont fait visiter la ville et ses environs, leur ont expliqué nos traditions. Ils parlèrent beaucoup de l'Europe, de l'amitié entre ses peuples et de la nécessité de mieux se connaître.


     Je suis l'antique Via Cassia, construite il y a bien longtemps pour relier tout l'empire à Rome, vous savez "tous les chemins mènent à Rome" n'était pas qu'un proverbe dans l'Antiquité, c'était la réalité!
J'ai vu passer des légions entières, des empereurs, des marchands, des pèlerins, aussi, plus tard, qui se rendaient dans la ville éternelle.
Car la Via Francigena me rejoint dans les environs de Rome et tous les pèlerins partis de Canterbury et plus généralement du nord de l'Europe finissent d'user leurs souliers sur mes pavés.
Je tombe maintenant en ruine, certaines de mes parties sont goudronnées, d'autres sont des sentiers à peines visibles dans le paysage vallonné du Lazio, d'autres sont conservées, d'autres rénovées mais ce n'est pas facile, c'est fou d'avoir réussi à oublier comment j'ai été construite, comment ont été construits tant d'autres monuments antiques auxquels je mène.
Mais les gens essayent aujourd'hui de retrouver les traces de ce passé oublié. Mais bien et beau de connaître tout cela mais aussi triste de s'extasier devant les fondations de deux colonnes d'un ancien temple. D'abord parce ce que cela n'a plus rien a voir avec le temple construit avant à cet endroit  qui avait une signification précise et un rôle dans la société. Et aussi parce que c'est significatif du manque d'imagination de l'époque actuelle, d'un désenchantement du monde. Savoir d'où l'on vient mais pour savoir où l'on va. Connaître son passé mais non comme un but en soi, mais comme un moyen de bâtir son avenir.
Il est important aussi de se connaître soi-même. Tous les pèlerins que j'ai vu passer arrivaient presque à Rome, ils étaient sereins. Ils avaient marchés des kilomètres et des kilomètres, supporté le froid, la pluie et le soleil. Mais la vie saine qu'impose ce genre de marche les rend heureux. Car comme disaient mes constructeurs, " mens sana in corpore sano"
Marcher longtemps, des jours et des jours de suite permet de penser, de réfléchir à long terme. L'esprit s'évade, pas besoin d'être concentré sur la résolution de l'équation du second degré, sur la formation du plus que parfait en grec ancien ou de l'ouvrier malade à remplacer, celui du poste A, le plus important.
La réflexion commence un jour, se finit le lendemain. Des heures de silence rythmées par le bruit des pas, seulement interrompues par une discussions, un fou rire ou une rencontre. Est ce pour autant une fuite de la réalité? Au contraire! C'est une recherche de soi-même, de la réalité qui nous entoure, celle de notre terre, pas celle de la télévision. C'est une quête spirituelle aussi, pas forcement religieuse, mais spirituelle. Trouver sa propre philosophie de la vie, lui trouver des buts qui nous transcendent.
Il y en a encore des gens qui marchent avec cet état d'esprit. Deux filles sont passées ce matin, elles parlaient justement de l'intérêt du pèlerinage, elles ont lu, intéressées, les pancartes qui expliquaient mon histoire et mon architecture, elles faisaient souvent des pauses "j'ai envie de savoir la suite de mon livre, mais si, le paysage est parfait ici, de toute façon, il faut manger quelque chose"!


     Je suis Poseidon, dieu de la mer, j'attends avec impatience que Fanny et Mathilde s'embarquent pour la Grèce. Que mon pays les fasse rêver comme les a fait rêver l'Italie, qu'elles découvrent les lieux mythiques. Elles passeront le nouvel an aux Thermopyles m'a murmuré le vent. Haut lieu symbolique de 300 hommes se battant pour que leurs enfants vivent libres dans le monde qu'ils auront choisi de construire.
La vie est un éternel recommencement.





Publié dans Carnets de voyage

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FAUCHON Emma etSigried 29/11/2009 18:48


Coucou,
y'a intérêt que vous n'ayez pas le mal de mer, parce que sinon...
Gros bisous à vous deux!


morgan 26/11/2009 14:59


Du mythe, du rêve, de l'aventure, de l'engagement, de la réflexion, de la fantaisie... J'en ai marre d'avoir des nouvelles de vous entre mon travail et mes études!
Je m'en fous, je me rattraperai avec le raid cet été...


Clem's 23/11/2009 17:07


Coucou Fa et Math',

Est ce qu'un grand départ en entraine toujours un autre ?! Je vous écris vite un bon gros mail de nouvelles...

Des bisous de Panam


lohane 23/11/2009 16:41


Salut les filles c'est Lohane des cm1 cm2 je pense quevous allez bien .et que en classe on ne reçoit pasde carte on se demande bien pourquoi ?mais se que je voudrais vous dire que je suis ciciliene
et que j'ai toujours rêvee d'aller la bas .votre jeu sur le blog il est ou je le vois pas. bon désolé pour les fautes . grosse bises lohane


Ugo 23/11/2009 12:57


Bravissime. Bell'articolo e gran cammino! Spero che siate finalmente a Roma.
Fateci avere vostre notizie. Un abbraccio forte e un saluto dagli studenti.
Ugo e Laura


Marc 21/11/2009 20:39


Bonjour,

Une belle aventure italienne pour ce début de voyage. J'ajoute juste cette citation. Bon trip !!

"J'ai la nostalgie d'une de ces vieilles routes sinueuses et inhabitées qui mènent hors des villes... une route qui conduise aux confins de la terre... où l'esprit est libre... ."
Henry David Thoreau


furgole 21/11/2009 17:36


Mesdemoiselles,

Vous ayant entendu à l'instant dans l'émission de Romain Lecap, je tiens à vous féciliter pour votre sens de l'idéal et votre merveilleux humour.
Bonne route. Que Dieu vous garde !


Simone 21/11/2009 00:25


que bonnes nouvelles....le Linchetto vous salu dans la cime de la torre Guinigi..


Sig 20/11/2009 16:25


Merveilleux voyage ! Mais où sont mes chaussures de marche ??? Surtout, rapportez avec vous un récit digne de ce nom ! Que l'on puisse mesurer ce que nous avons manqué...


Maïalen 19/11/2009 00:29


Très bel article! Continuez à nous faire vibrer.

Je vous embrasse bien fort!


Maureen 18/11/2009 21:45


Je n'avais pas vu les photos! >Comme c'est plaisiant de regarder ces images pleines de rêve. C'est si rom-antique ^^
Je vous embrasse et pense bien à vous.


Thibaud 18/11/2009 21:17


Rome inspire les âmes que les cimes enchantent; ça me fait bien plaisir de vous entendre vivre à 200km/h, bientôt la Grèce est à nous, que nous volions ensemble!


Alix 18/11/2009 18:12


Un magnifique article qui nous donne qu'une envie :prendre le sac et partir vous retrouver! Plus qu'un mois à attendre!
Je vous embrasse!


aurélie - inconnue! 18/11/2009 15:03


Vous avez des leçons à donner à bien des gens, une maturité rare et un goût de la vie et des échanges qui fait plaisir!

bonne route, et bon pélerinage!


jfg 18/11/2009 12:37


Lucca, tanta bella ! Avec les légendes, vous pouvez maintenant comprendre les délires musicaux des musiciens du lieu, ceux de Boccherini, de Puccini par les voix de Mimi (La Bohème) et de Tosca, et
ceux de Catalini dans La Wally. Quelle ville ! Quel trio de compositeurs ! Je vous embrasse.


Palio di Sienna 18/11/2009 10:42


Très belle ville que Sienna. Le palio doit être une fête immense dans toute la ville et plus particulièrement la ou il se déroule, sur la Piazza del Campo.


http://fr.wikipedia.org/wiki/Palio_de_Sienne


Romain 18/11/2009 10:39


Racontez nous les vieilles légendes.
Que les dieux soient avec vous.


Odile Gib 18/11/2009 10:18


Bravo les filles! Je trouve que vos envois sont de mieux en mieux.
A tutoyer les dieux...jusqu'où irez vous???
Je vous embrasse très fort.