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" UN ABIME NOUS SÉPARE DE CEUX QUI SE BATTENT POUR UN BIEN-ÊTRE MATÉRIEL"
Ernst Jünger

"ON A DU TE DIRE QU'IL FALLAIT REUSSIR DANS LA VIE, MOI JE TE DIS QU'IL FAUT VIVRE, C'EST LA PLUS GRANDE REUSSITE DU MONDE"

Jean Giono

 

"PARTIR C'EST GAGNER SON PROCÈS CONTRE L'HABITUDE"

Paul Morand


"IL ME FAUT VIVRE COMME JE PENSE, SINON, TOT OU TARD, JE FINIRAIS PAR PENSER COMME J'AURAIS VECU..."

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Mardi 17 novembre 2009
    Je suis les falaises de marbre de Carrara Massa. Ce matin, j'ai vu deux filles descendre des Appenins, sacs aux dos.  Elles avaient des étoiles dans les yeux d'avoir côtoyé les cimes et semblaient  tristes de retrouver la plaine et ses zones industrielles. Elles se sont arrêtées un moment pour parler au téléphone, comme elles étaient devant le Duomo de Massa, tout en marbre issu de mes entrailles, j'ai pu tout entendre. Elles parlaient à la radio, elles disaient être parties depuis plus d'un mois pour un périple à pied à travers l'Europe et à la recherche de sa culture. Je pourrais leur en dire moi dont le marbre a servi à construire tant de merveilles architecturales aux quatre coins de l'Europe.
Un peu rassérénées d'avoir entendu des voix amies, elles ont décidés d'aller au plus intéressant dans les plaines : les villes. Je les ai vues partir rieuses vers d'autres cieux.


     Je suis Lincetto, diablotin de Lucca,  una bellisama citta de Toscana. Je jouais des tours aux habitants de la ville, on les raconte encore aujourd'hui, où avec le monde moderne, j'ai réduit mes frasques, je suis presque devenu sage, moi qui semais la terreur avant. En fait, on ne m'a pas vraiment laissé le choix. Il y a bien longtemps, une des familles les plus influentes de la ville m'a proposé un marché : planter des arbres le plus haut possible, si eux gagnaient, je serais chassé et ne pourrais plus embêter personne. Si je gagnais, gare à la ville où j'aurais eu carte blanche! J'ai planté sur les murailles de la ville des arbres si hauts que j'étais sûr de gagner, mais malheureusement cette famille, comme beaucoup d'autres de cette époque là, possédaient une tour et ils plantèrent à son sommet des chênes verts, arbres bien petits mais qui surplombaient largement les miens...je partis un moment de la ville, puis revint mais je ne peux plus embêter personne...
Alors j'observe et comme ma ville est belle, elle attire beaucoup de touristes. Mais ceux-ci se pressent dans les lieux répertories des guides touristiques qui n'expliquent pas les mille détails qui rendent une ville intéressante. Aussi ai j'été surpris de voir l'autre matin deux filles françaises se balader avec un italien qui leur expliqua toute la ville, il leur parla de moi, de toutes les légendes et cela avait l'air de bien les intéresser. Bon, elles avaient bien des idées bizarres ces due ragazze,  elles parlaient d'organiser une corrida dans l'amphithéâtre romain, maintenant une jolie place avec des terrasses de café et dont les gradins ont été remplacé par des maisons, mais cela n'a pas arrête leur imagination!


     Je suis la louve de Sienne, je ressemble à ma cousine de Rome, mais moi, je regarde devant moi, vers le futur. Ma ville a des traditions très fortes, non pas du folklore, c'est à dire des choses que l'on fait parce que c'était comme ca avant et qu'il faut continuer, mais des choses que nous vivons avec passion, issues de la plus longue mémoire et qui régissent réellement notre mode de vie.
Ma ville est divisée en contrada, en quartiers, chacune avec un symbole (la louve, la chouette, l'aigle...). On naît, on vit, on combat, on meurt dans sa contrada. Le moment fort de l'année est le palio, il y en fait deux, ce sont des courses de chevaux. Le palio a des règles précises et de lui découle les amitiés ou les tensions entre les contrada, par rapport à la position sur la ligne de départ par exemple... etc.
Nous sommes fiers de notre ville et lorsque des gens viennent nous rendre visite, l'hospitalité est sacrée et nous faisons tout pour qu'ils apprécient complètement notre ville!
Encore il y a quelques jours, deux jeunes filles françaises ont été reçues par un groupe de Siennois, ils leur ont fait visiter la ville et ses environs, leur ont expliqué nos traditions. Ils parlèrent beaucoup de l'Europe, de l'amitié entre ses peuples et de la nécessité de mieux se connaître.


     Je suis l'antique Via Cassia, construite il y a bien longtemps pour relier tout l'empire à Rome, vous savez "tous les chemins mènent à Rome" n'était pas qu'un proverbe dans l'Antiquité, c'était la réalité!
J'ai vu passer des légions entières, des empereurs, des marchands, des pèlerins, aussi, plus tard, qui se rendaient dans la ville éternelle.
Car la Via Francigena me rejoint dans les environs de Rome et tous les pèlerins partis de Canterbury et plus généralement du nord de l'Europe finissent d'user leurs souliers sur mes pavés.
Je tombe maintenant en ruine, certaines de mes parties sont goudronnées, d'autres sont des sentiers à peines visibles dans le paysage vallonné du Lazio, d'autres sont conservées, d'autres rénovées mais ce n'est pas facile, c'est fou d'avoir réussi à oublier comment j'ai été construite, comment ont été construits tant d'autres monuments antiques auxquels je mène.
Mais les gens essayent aujourd'hui de retrouver les traces de ce passé oublié. Mais bien et beau de connaître tout cela mais aussi triste de s'extasier devant les fondations de deux colonnes d'un ancien temple. D'abord parce ce que cela n'a plus rien a voir avec le temple construit avant à cet endroit  qui avait une signification précise et un rôle dans la société. Et aussi parce que c'est significatif du manque d'imagination de l'époque actuelle, d'un désenchantement du monde. Savoir d'où l'on vient mais pour savoir où l'on va. Connaître son passé mais non comme un but en soi, mais comme un moyen de bâtir son avenir.
Il est important aussi de se connaître soi-même. Tous les pèlerins que j'ai vu passer arrivaient presque à Rome, ils étaient sereins. Ils avaient marchés des kilomètres et des kilomètres, supporté le froid, la pluie et le soleil. Mais la vie saine qu'impose ce genre de marche les rend heureux. Car comme disaient mes constructeurs, " mens sana in corpore sano"
Marcher longtemps, des jours et des jours de suite permet de penser, de réfléchir à long terme. L'esprit s'évade, pas besoin d'être concentré sur la résolution de l'équation du second degré, sur la formation du plus que parfait en grec ancien ou de l'ouvrier malade à remplacer, celui du poste A, le plus important.
La réflexion commence un jour, se finit le lendemain. Des heures de silence rythmées par le bruit des pas, seulement interrompues par une discussions, un fou rire ou une rencontre. Est ce pour autant une fuite de la réalité? Au contraire! C'est une recherche de soi-même, de la réalité qui nous entoure, celle de notre terre, pas celle de la télévision. C'est une quête spirituelle aussi, pas forcement religieuse, mais spirituelle. Trouver sa propre philosophie de la vie, lui trouver des buts qui nous transcendent.
Il y en a encore des gens qui marchent avec cet état d'esprit. Deux filles sont passées ce matin, elles parlaient justement de l'intérêt du pèlerinage, elles ont lu, intéressées, les pancartes qui expliquaient mon histoire et mon architecture, elles faisaient souvent des pauses "j'ai envie de savoir la suite de mon livre, mais si, le paysage est parfait ici, de toute façon, il faut manger quelque chose"!


     Je suis Poseidon, dieu de la mer, j'attends avec impatience que Fanny et Mathilde s'embarquent pour la Grèce. Que mon pays les fasse rêver comme les a fait rêver l'Italie, qu'elles découvrent les lieux mythiques. Elles passeront le nouvel an aux Thermopyles m'a murmuré le vent. Haut lieu symbolique de 300 hommes se battant pour que leurs enfants vivent libres dans le monde qu'ils auront choisi de construire.
La vie est un éternel recommencement.





Par Fanny et Mathilde. - Publié dans : Carnets de voyage
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Jeudi 12 novembre 2009


"IL ME FAUT VIVRE COMME JE PENSE, SINON, TOT OU TARD, JE FINIRAIS PAR PENSER COMME J'AURAIS VECU..."

Par Fanny et Mathilde. - Publié dans : Etat d'esprit
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Vendredi 6 novembre 2009
Ils nous font l'honneur de suivre notre Aventure et visitent eux aussi notre Europe : http://www.les-deboussoles.com/
Par Fanny et Mathilde. - Publié dans : Press book, transmission
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Vendredi 6 novembre 2009

Nouvelle page :

Parce que le raid c'est aussi notre quotidien et que nous voulons que nos amis nous comprennent à notre retour, voici un échantillon de nos trouvailles linguistiques!
(à prendre au second degré, bien évidemment!!)


Par Fanny et Mathilde. - Publié dans : Etat d'esprit
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Vendredi 6 novembre 2009
Chère famille, chers amis, chers lecteurs,

De l'eau a encore coulée sous les ponts depuis notre dernier article.
Nous sommes à présent à Acquapendente, petite ville nichée au creux d'une colline, dans la région du Lazio ... à moins de 200 km de Rome !
Cette journée est consacrée au repos : ce matin, réveil à 9H !! Enfin une grasse matinée, car ces derniers jours nous avons avalé les km ! Parfois jusqu'à 50 bornes par jour ! Ces soirs là, notre sang martèle nos tempes, nos corps sont las et nous tombons comme des masses endormies jusqu'à l'aurée du jour.
Mais, vous qui etes bien au chaud, dans vos foyers, vous devez peut-etre vous demander comment se passe une de nos journées.
Le principe est simple : réveil à 6H, juste avant le lever du jour. Pendant qu'il fait encore nuit, nous plions nos duvets et notre tente, nous rangeons notre "tenue lutin" (calecon chaud+T-Shirt à manches longue chaud), remettons toute la nouriture sur le dessus du sac, avec encore au dessus la parka pour la pluie et la bouteille d'eau. Oui, nos deux poches à eau sont percées et à la poubelle depuis longtemps, nous buvons maintenant dans des bouteilles en plastique un peu épais, que l'on trouve pour 6 sous dans n'importe quel supermarché.
Autre inovation, nous transportons seulement la nouriture du repas suivant, notre sac en est fortement allégé et notre dos s'en porte mieux. Nous avons juste un paquet de "pates cuisson rapide" en nouriture de secours ... mais pour l'instant, tout va bien, nous rencontrons régulièrement des épiceries ou "alimentari" sur notre chemin.
La nouriture occupe une place importante pour nous ! Car en plus de vouloir manger sainement, des produits de saisons et locaux, tout bon raider vous le dira, rien de pire que de commencer à imaginer perdreaux et sangliers rotis pendant la marche ! Imaginer des menus gargentuesques nous occupe parfois l'esprit pendant des kilomètres. Mais la raison ( ou la réalité...) revient bien vite ! 
Il est quand meme nécessaire de manger bien et bon, pour le corps, comme pour le moral ! Souvent, nous nous disons chanceuses de posséder une gamelle qui nous permet de cuisiner. Le seul problème est le gaz : nous avons du mal à trouver des cartouches pour notre réchaud ! Seules les grandes villes possèdent des magasins spécialisés "montagne" pour ce type de recharge !
Bientot notre dernière sera vide, tant pis, nous nous arreterons alors chez l'habitant pour faire cuire nos repas. Et ce sera l'occasion de discuter  au hasard des rencontres, avec des gens aussi divers qu'intéressants.
La journée est donc rythmée par le soleil. Nous nous levons juste avant lui, et nous couchons également juste avant lui.
L'idéal est de trouver à partir de 16H un endroit plat et abrité (du passage, du vent et de l'humidité) : une lisière de foret convient par exemple.
Dès que nous posons au sol notre sac de 15 kg environ, il nous faut d'abord enfiler rapidement la polaire pour ne pas attraper froid. Nous pouvons ensuite monter notre tente et préparer le repas au réchaud. Nous dinons, souvent quand la nuit tombe, puis nous nous glissons dans nos sacs de couchages.
Depuis maintenamt quelques semaines, nous fermons complètement la tente. La température intérieure augmente très vite (mais très peu). On revet gants et bonnet pour pouvoir sortir nos bras du sac de couchage et écrire un peu sur notre molesquine les aventures du jour. Souvent les yeux se ferment sur les dernières lignes qui dansent et nous n'avons pas le temps de lire, nous dormons déjà. Mais parfois, une d'entre nous, impatiente de lire la suite de son bouquin, laisse encore un peu sa frontale allumée pour avancer d'un chapitre ou deux dans son roman. Tete beche, pour ne pas se gener nous dormons souvent d'un seul trait. Au petit matin, quand le réveil sonne, il faut s'extirper de la douce chaleur du duvet pour enfiler son short, son T-shirt, son chèche, on met ses chaussures dehors (et debout !), c'est le moment le plus dur !
Si nous avons une pomme dans le sac, nous la mangeons en route, sinon, nous ouvrons un paquet de biscuit, toujours les memes, pour patienter jusqu'aux premiers rayons de soleil. Alors c'est la première pause de la journée, on fini des restes de fromage et de pain, parfois on se fait une boisson chaude, de l'Orzo ou du café, parfois, on attends simplement le repas de midi pour manger chaud.
On marche, on marche, les chemins montent, s'étirent en grande ligne droite, puis redescendent en petits virages secs, pour buter sur une route, que l'on suit en file indienne. On a meme inventée une technique de marche sur les routes circulées car celle qui se trouve derrière ne voit rien à cause du sac de celle de devant : on fait une rotation, régulièrement et systématiquement.
Lorsqu'on est bien fatigué et pas très pressé, comme hier, on multiplie les pauses. La longueur de la pause dépend de la longueur d'un chapitre de "voyage au bout de la nuit", le livre que je lit en ce moment. Mathilde lit plus vite que moi, alors c'est moi qui donne le rythme. On boit aussi de l'eau, à température ambiante, en ce moment fraiche !
Et puis c'est repartie ! 5/6 km pour une heure de marche quand c'est plat, 4km quand ca monte.
Bien sure, nous traversons des villes !! Nous avons meme fait des détours en autostop pour visiter les merveilles de l'Italie . Florence, Sienne, Lucca ! Ici, des amis nous acceuillent, c'est à la fois reposant (pour le corps), et fatiguant pour l'esprit, en effet, on nous fait visiter la ville et ses environs, nous discutons aussi beaucoup avec nos hotes (en italien maintenant!) , que nous ne connaissons que par amis interposés, tous sont adorables, chacun dans leur style. En ville nous revetons notre tenue dite " civile" cela nous permet de faire des lessives et de soulager nos pieds.
Nos chaussures de marches s'usent, on a pourtant l'impression de les avoir achetées hier, pourtant de toutes petites rides viennent les vieillir sur le coté. Les semelles intérieurs commencent à se percer aux endroits les plus sollicités : au niveau du gros orteil et du talon. Il nous faut décidément trouver un magasin de sport pour changer la semelle, acheter du gaz et des guetres à Mathilde, les siennes ayant disparues de son filet droit.

Voici notre quotidien, chaque détail prend une importance notoire, la pluie nous mouille aussi bien qu'elle nous rafraichie, le vent nous fait tourner la tete, autant qu'il nous gonfle d'une force violente, le petit caillou au fond de notre chaussure nous blesse le pied jusqu'à ce qu'on ait le courage de s'arreter, tout simplement pour le retirer, chaque problème a sa solution, chaque chose désagréable, peut, avec un peu de volonté etre surmontée, tout nous dit de profiter, profiter, profiter !

Carpe Diem, chaque chose en son temps !
Mais restons actifs !
Par Fanny et Mathilde. - Publié dans : Carnets de voyage
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