Mardi 17 novembre 2009
Je suis les falaises de marbre de Carrara Massa. Ce matin, j'ai vu deux filles descendre des Appenins, sacs aux dos. Elles avaient des étoiles dans les yeux d'avoir
côtoyé les cimes et semblaient tristes de retrouver la plaine et ses zones industrielles. Elles se sont arrêtées un moment pour parler au téléphone, comme elles étaient devant le Duomo de
Massa, tout en marbre issu de mes entrailles, j'ai pu tout entendre. Elles parlaient à la radio, elles disaient être parties depuis plus d'un mois pour un périple à pied à travers l'Europe et à
la recherche de sa culture. Je pourrais leur en dire moi dont le marbre a servi à construire tant de merveilles architecturales aux quatre coins de l'Europe.
Un peu rassérénées d'avoir entendu des voix amies, elles ont décidés d'aller au plus intéressant dans les plaines : les villes. Je les ai vues partir rieuses vers d'autres cieux.
Je suis Lincetto, diablotin de Lucca, una bellisama citta de Toscana. Je jouais des tours aux habitants de la ville, on les raconte encore aujourd'hui, où avec le monde moderne, j'ai réduit mes frasques, je suis presque devenu sage, moi qui semais la terreur avant. En fait, on ne m'a pas vraiment laissé le choix. Il y a bien longtemps, une des familles les plus influentes de la ville m'a proposé un marché : planter des arbres le plus haut possible, si eux gagnaient, je serais chassé et ne pourrais plus embêter personne. Si je gagnais, gare à la ville où j'aurais eu carte blanche! J'ai planté sur les murailles de la ville des arbres si hauts que j'étais sûr de gagner, mais malheureusement cette famille, comme beaucoup d'autres de cette époque là, possédaient une tour et ils plantèrent à son sommet des chênes verts, arbres bien petits mais qui surplombaient largement les miens...je partis un moment de la ville, puis revint mais je ne peux plus embêter personne...
Alors j'observe et comme ma ville est belle, elle attire beaucoup de touristes. Mais ceux-ci se pressent dans les lieux répertories des guides touristiques qui n'expliquent pas les mille détails qui rendent une ville intéressante. Aussi ai j'été surpris de voir l'autre matin deux filles françaises se balader avec un italien qui leur expliqua toute la ville, il leur parla de moi, de toutes les légendes et cela avait l'air de bien les intéresser. Bon, elles avaient bien des idées bizarres ces due ragazze, elles parlaient d'organiser une corrida dans l'amphithéâtre romain, maintenant une jolie place avec des terrasses de café et dont les gradins ont été remplacé par des maisons, mais cela n'a pas arrête leur imagination!
Je suis la louve de Sienne, je ressemble à ma cousine de Rome, mais moi, je regarde devant moi, vers le futur. Ma ville a des traditions très fortes, non pas du folklore, c'est à dire des choses que l'on fait parce que c'était comme ca avant et qu'il faut continuer, mais des choses que nous vivons avec passion, issues de la plus longue mémoire et qui régissent réellement notre mode de vie.
Ma ville est divisée en contrada, en quartiers, chacune avec un symbole (la louve, la chouette, l'aigle...). On naît, on vit, on combat, on meurt dans sa contrada. Le moment fort de l'année est le palio, il y en fait deux, ce sont des courses de chevaux. Le palio a des règles précises et de lui découle les amitiés ou les tensions entre les contrada, par rapport à la position sur la ligne de départ par exemple... etc.
Nous sommes fiers de notre ville et lorsque des gens viennent nous rendre visite, l'hospitalité est sacrée et nous faisons tout pour qu'ils apprécient complètement notre ville!
Encore il y a quelques jours, deux jeunes filles françaises ont été reçues par un groupe de Siennois, ils leur ont fait visiter la ville et ses environs, leur ont expliqué nos traditions. Ils parlèrent beaucoup de l'Europe, de l'amitié entre ses peuples et de la nécessité de mieux se connaître.
Je suis l'antique Via Cassia, construite il y a bien longtemps pour relier tout l'empire à Rome, vous savez "tous les chemins mènent à Rome" n'était pas qu'un proverbe dans l'Antiquité, c'était la réalité!
J'ai vu passer des légions entières, des empereurs, des marchands, des pèlerins, aussi, plus tard, qui se rendaient dans la ville éternelle.
Car la Via Francigena me rejoint dans les environs de Rome et tous les pèlerins partis de Canterbury et plus généralement du nord de l'Europe finissent d'user leurs souliers sur mes pavés.
Je tombe maintenant en ruine, certaines de mes parties sont goudronnées, d'autres sont des sentiers à peines visibles dans le paysage vallonné du Lazio, d'autres sont conservées, d'autres rénovées mais ce n'est pas facile, c'est fou d'avoir réussi à oublier comment j'ai été construite, comment ont été construits tant d'autres monuments antiques auxquels je mène.
Mais les gens essayent aujourd'hui de retrouver les traces de ce passé oublié. Mais bien et beau de connaître tout cela mais aussi triste de s'extasier devant les fondations de deux colonnes d'un ancien temple. D'abord parce ce que cela n'a plus rien a voir avec le temple construit avant à cet endroit qui avait une signification précise et un rôle dans la société. Et aussi parce que c'est significatif du manque d'imagination de l'époque actuelle, d'un désenchantement du monde. Savoir d'où l'on vient mais pour savoir où l'on va. Connaître son passé mais non comme un but en soi, mais comme un moyen de bâtir son avenir.
Il est important aussi de se connaître soi-même. Tous les pèlerins que j'ai vu passer arrivaient presque à Rome, ils étaient sereins. Ils avaient marchés des kilomètres et des kilomètres, supporté le froid, la pluie et le soleil. Mais la vie saine qu'impose ce genre de marche les rend heureux. Car comme disaient mes constructeurs, " mens sana in corpore sano"
Marcher longtemps, des jours et des jours de suite permet de penser, de réfléchir à long terme. L'esprit s'évade, pas besoin d'être concentré sur la résolution de l'équation du second degré, sur la formation du plus que parfait en grec ancien ou de l'ouvrier malade à remplacer, celui du poste A, le plus important.
La réflexion commence un jour, se finit le lendemain. Des heures de silence rythmées par le bruit des pas, seulement interrompues par une discussions, un fou rire ou une rencontre. Est ce pour autant une fuite de la réalité? Au contraire! C'est une recherche de soi-même, de la réalité qui nous entoure, celle de notre terre, pas celle de la télévision. C'est une quête spirituelle aussi, pas forcement religieuse, mais spirituelle. Trouver sa propre philosophie de la vie, lui trouver des buts qui nous transcendent.
Il y en a encore des gens qui marchent avec cet état d'esprit. Deux filles sont passées ce matin, elles parlaient justement de l'intérêt du pèlerinage, elles ont lu, intéressées, les pancartes qui expliquaient mon histoire et mon architecture, elles faisaient souvent des pauses "j'ai envie de savoir la suite de mon livre, mais si, le paysage est parfait ici, de toute façon, il faut manger quelque chose"!
Je suis Poseidon, dieu de la mer, j'attends avec impatience que Fanny et Mathilde s'embarquent pour la Grèce. Que mon pays les fasse rêver comme les a fait rêver l'Italie, qu'elles découvrent les lieux mythiques. Elles passeront le nouvel an aux Thermopyles m'a murmuré le vent. Haut lieu symbolique de 300 hommes se battant pour que leurs enfants vivent libres dans le monde qu'ils auront choisi de construire.
La vie est un éternel recommencement.
Un peu rassérénées d'avoir entendu des voix amies, elles ont décidés d'aller au plus intéressant dans les plaines : les villes. Je les ai vues partir rieuses vers d'autres cieux.
Je suis Lincetto, diablotin de Lucca, una bellisama citta de Toscana. Je jouais des tours aux habitants de la ville, on les raconte encore aujourd'hui, où avec le monde moderne, j'ai réduit mes frasques, je suis presque devenu sage, moi qui semais la terreur avant. En fait, on ne m'a pas vraiment laissé le choix. Il y a bien longtemps, une des familles les plus influentes de la ville m'a proposé un marché : planter des arbres le plus haut possible, si eux gagnaient, je serais chassé et ne pourrais plus embêter personne. Si je gagnais, gare à la ville où j'aurais eu carte blanche! J'ai planté sur les murailles de la ville des arbres si hauts que j'étais sûr de gagner, mais malheureusement cette famille, comme beaucoup d'autres de cette époque là, possédaient une tour et ils plantèrent à son sommet des chênes verts, arbres bien petits mais qui surplombaient largement les miens...je partis un moment de la ville, puis revint mais je ne peux plus embêter personne...
Alors j'observe et comme ma ville est belle, elle attire beaucoup de touristes. Mais ceux-ci se pressent dans les lieux répertories des guides touristiques qui n'expliquent pas les mille détails qui rendent une ville intéressante. Aussi ai j'été surpris de voir l'autre matin deux filles françaises se balader avec un italien qui leur expliqua toute la ville, il leur parla de moi, de toutes les légendes et cela avait l'air de bien les intéresser. Bon, elles avaient bien des idées bizarres ces due ragazze, elles parlaient d'organiser une corrida dans l'amphithéâtre romain, maintenant une jolie place avec des terrasses de café et dont les gradins ont été remplacé par des maisons, mais cela n'a pas arrête leur imagination!
Je suis la louve de Sienne, je ressemble à ma cousine de Rome, mais moi, je regarde devant moi, vers le futur. Ma ville a des traditions très fortes, non pas du folklore, c'est à dire des choses que l'on fait parce que c'était comme ca avant et qu'il faut continuer, mais des choses que nous vivons avec passion, issues de la plus longue mémoire et qui régissent réellement notre mode de vie.
Ma ville est divisée en contrada, en quartiers, chacune avec un symbole (la louve, la chouette, l'aigle...). On naît, on vit, on combat, on meurt dans sa contrada. Le moment fort de l'année est le palio, il y en fait deux, ce sont des courses de chevaux. Le palio a des règles précises et de lui découle les amitiés ou les tensions entre les contrada, par rapport à la position sur la ligne de départ par exemple... etc.
Nous sommes fiers de notre ville et lorsque des gens viennent nous rendre visite, l'hospitalité est sacrée et nous faisons tout pour qu'ils apprécient complètement notre ville!
Encore il y a quelques jours, deux jeunes filles françaises ont été reçues par un groupe de Siennois, ils leur ont fait visiter la ville et ses environs, leur ont expliqué nos traditions. Ils parlèrent beaucoup de l'Europe, de l'amitié entre ses peuples et de la nécessité de mieux se connaître.
Je suis l'antique Via Cassia, construite il y a bien longtemps pour relier tout l'empire à Rome, vous savez "tous les chemins mènent à Rome" n'était pas qu'un proverbe dans l'Antiquité, c'était la réalité!
J'ai vu passer des légions entières, des empereurs, des marchands, des pèlerins, aussi, plus tard, qui se rendaient dans la ville éternelle.
Car la Via Francigena me rejoint dans les environs de Rome et tous les pèlerins partis de Canterbury et plus généralement du nord de l'Europe finissent d'user leurs souliers sur mes pavés.
Je tombe maintenant en ruine, certaines de mes parties sont goudronnées, d'autres sont des sentiers à peines visibles dans le paysage vallonné du Lazio, d'autres sont conservées, d'autres rénovées mais ce n'est pas facile, c'est fou d'avoir réussi à oublier comment j'ai été construite, comment ont été construits tant d'autres monuments antiques auxquels je mène.
Mais les gens essayent aujourd'hui de retrouver les traces de ce passé oublié. Mais bien et beau de connaître tout cela mais aussi triste de s'extasier devant les fondations de deux colonnes d'un ancien temple. D'abord parce ce que cela n'a plus rien a voir avec le temple construit avant à cet endroit qui avait une signification précise et un rôle dans la société. Et aussi parce que c'est significatif du manque d'imagination de l'époque actuelle, d'un désenchantement du monde. Savoir d'où l'on vient mais pour savoir où l'on va. Connaître son passé mais non comme un but en soi, mais comme un moyen de bâtir son avenir.
Il est important aussi de se connaître soi-même. Tous les pèlerins que j'ai vu passer arrivaient presque à Rome, ils étaient sereins. Ils avaient marchés des kilomètres et des kilomètres, supporté le froid, la pluie et le soleil. Mais la vie saine qu'impose ce genre de marche les rend heureux. Car comme disaient mes constructeurs, " mens sana in corpore sano"
Marcher longtemps, des jours et des jours de suite permet de penser, de réfléchir à long terme. L'esprit s'évade, pas besoin d'être concentré sur la résolution de l'équation du second degré, sur la formation du plus que parfait en grec ancien ou de l'ouvrier malade à remplacer, celui du poste A, le plus important.
La réflexion commence un jour, se finit le lendemain. Des heures de silence rythmées par le bruit des pas, seulement interrompues par une discussions, un fou rire ou une rencontre. Est ce pour autant une fuite de la réalité? Au contraire! C'est une recherche de soi-même, de la réalité qui nous entoure, celle de notre terre, pas celle de la télévision. C'est une quête spirituelle aussi, pas forcement religieuse, mais spirituelle. Trouver sa propre philosophie de la vie, lui trouver des buts qui nous transcendent.
Il y en a encore des gens qui marchent avec cet état d'esprit. Deux filles sont passées ce matin, elles parlaient justement de l'intérêt du pèlerinage, elles ont lu, intéressées, les pancartes qui expliquaient mon histoire et mon architecture, elles faisaient souvent des pauses "j'ai envie de savoir la suite de mon livre, mais si, le paysage est parfait ici, de toute façon, il faut manger quelque chose"!
Je suis Poseidon, dieu de la mer, j'attends avec impatience que Fanny et Mathilde s'embarquent pour la Grèce. Que mon pays les fasse rêver comme les a fait rêver l'Italie, qu'elles découvrent les lieux mythiques. Elles passeront le nouvel an aux Thermopyles m'a murmuré le vent. Haut lieu symbolique de 300 hommes se battant pour que leurs enfants vivent libres dans le monde qu'ils auront choisi de construire.
La vie est un éternel recommencement.
Par Fanny et Mathilde.
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Publié dans : Carnets de voyage
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